16 juillet 2012

Semaine Européenne de l’open data : tout le monde partage des données

En ouvrant la dernière journée de la semaine européenne de l'open data qui se tenait à Nantes du 21 au 26 mai, le responsable du réseau européen ePSIplatform, Ton Zijlstra, demandait aux participants de s'abstraire des obstacles de la libération des données et de réfléchir à un "blue sky scenario". Qu'adviendrait-il si les données de tous les secteurs étaient de plus en libres ? Comment les données pourraient changer la donne dans le secteur public mais aussi dans les entreprises ? La conférence européenne qui clôturait cette semaine européenne s'intitulait "tout le monde partage des données". Au terme d'une journée de conférence, il est clair que le champ est immense.

L'ouverture des données : les secteurs prometteurs


Ton Zijlstra a d'abord fait un état des lieux des prémisses d'ouvertures des données au sein des entreprises. Selon lui, les secteurs les plus prometteurs pour l'open data en entreprise sont la banque, l'énergie, les télécoms et l'agroalimentaire. En particulier, le secteur de l'alimentation apparaît comme un formidable réservoir de données: chaque emballage contient des données précieuses comme le nombre de calories, la composition ou la valeur énergétique des produits. Ainsi, le projet Open Food Facts, lancé très récemment, se propose de recenser les informations nutritionnelles sur les produits du monde entier et permet leur réutilisation libre et gratuite. Le secteur caritatif passe aussi à l'open data, car la transparence est indispensable pour assurer la confiance des donateurs et optimiser la diffusion des dons sur le terrain.

Deux tables rondes ont alors rythmé la matinée avant la keynote de Daniel Kaplan suivie d’une après-midi d’ateliers pratiques.

Mieux comprendre la société avec des données


La première table ronde rassemblait des acteurs de la société civile qui mettent en place des initiatives de libération de données.

Le projet Citypulse donne un bon exemple de la puissance des projets alliant crowdsourcing et libération des données.



Citypulse s'articule en deux initiatives complémentaires :

• montre verte, un petit appareil aux spécifications ouvertes qui collecte et partage des données sur la qualité de l'air et de l'environnement lors de nos déplacements ;

• la plateforme Citypulse qui agrège les données environnementales et les standardise pour permettre leur réutilisation.

A terme, Citypulse vise à démocratiser la « veille environnementale ». Shafwan Chendeb, son fondateur, explique que Citypulse pourrait nous aider à choisir un hôtel en fonction de critères environnementaux.

International Aid Transparency Initiative aide les ONG à diffuser des données avec des standards communs. A l'heure actuelle, 809 activités sur le terrain ont été publiées représentant près de 7 milliards de £ d'aide distribués. Avec ces données, il est alors possible d’étudier la répartition sur le terrain des fonds dédiés aux ONG. Grâce à l'ouverture de ces données, le Guardian a pu publier une visualisation interactive de l'aide publique de la Grande Bretagne en 2010.


La nouvelle industrie des données personnelles ouvertes


La deuxième table ronde portait sur l'ouverture des données du secteur privé. Parmi les projets présentés, deux méritent une attention particulière car ils changent la donne dans leurs secteurs respectifs.

Open Corporates propose des données sur plus de 43 millions d'entreprises provenant des registres d'Etats américains et européens. Les possibilités d'enquête sur une telle plateforme sont infinies : connaître les fournisseurs d'un organisme public, étudier les certifications environnementales des entreprises ou enquêter sur les filiales d'entreprises étrangères.

Du côté des données personnelles, le projet Midata s'annonce aussi très prometteur. Il propose à chacun d'ouvrir mais surtout protéger ses données personnelles en définissant clairement les autorisations dont chaque application dispose. En quelques mots, Midata se définit par l'acronyme TACT : Transparency, Access, Control, Transfer. Pour son fondateur, Alan Mitchell, Midata peut avoir un impact vertueux sur les comportements des consommateurs et sur le marché. En pouvant diffuser des données jusqu'alors cloisonnées, l'utilisateur peut disposer d'applications qui lui font prendre conscience de son activité et ainsi s'observer soi-même. Les résultats sont probants : 'en disposant d'applications pour suivre et étudier sa consommation électrique, le consommateur moyen diminuait de 20% sa consommation.

Aussi, lorsque l'utilisateur contrôle la diffusion et la réutilisation de données personnelles jusqu'alors très confidentielles (banque, consommation, voire santé), il peut contrebalancer la relation de services : je décide des données que je laisse accessibles au fournisseur de service. Dans cet environnement concurrentiel, les entreprises devront prouver leur fiabilité dans l'utilisation des données personnelles pour obtenir la confiance des clients. Alan Mitchell estime que c'est une nouvelle industrie des données personnelles qui est en train d'émerger. Selon lui, elle pourrait même devenir la plus grande industrie au monde.

Les dangers de l’open data comme mouvement de niche


Lors de la keynote de cette conférence européenne, Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation pour l'Internet Nouvelle Génération (FING), a invité le public à réfléchir à l'impact général de l'open data sur la société. Selon lui, si l’open data reste un mouvement de niche, il risque de renforcer le pouvoir des puissants (empowering the empowered). Alors qu’ « il n’est plus question de savoir si nous allons ouvrir les données mais comment », Kaplan invite à un changement de paradigme : passer de la connaissance en tant que pouvoir à la connaissance en tant qu’empowerment des citoyens.

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